Accueil » Le chant prénatal, qu’est-ce que c’est ?

Extrait d’un article paru dans le numéro 40

du magazine Grandir Autrement,

en juin 2013.

Le chant prénatal, qu’est-ce que c’est ?

“”A quoi ça sert ?

Ce sont des chansons ? De quel style ? …. Mais si je chante faux ?…

Est-ce que c’est une préparation à l’accouchement ? Et si je demande une péridurale ? …”

Le nom va ici

Le chant prénatal est l’utilisation de la voix par les futurs parents, durant la grossesse ou à la naissance, à des fins de bien-être.

Depuis la nuit des temps et dans le monde entier, de futures mamans chantent pour leur bébé et s’aident instinctivement de leur voix pour le mettre au monde. Activité ancestrale et universelle s’il en est, le chant prénatal se décline en pratiques diverses : berceuses attendries adressées à un ventre encore arrondi, gémissements modulés de la femme qui enfante, caresse sur son visage du souffle synchronisé de son compagnon, voyelles tenues pour traverser les contractions et accompagner le bébé, voix apaisante de la sage-femme…

Le chant prénatal pendant la grossesse

On peut pratiquer le chant prénatal du premier au dernier jour de la grossesse. Car bien avant le développement de son système auditif, le fœtus sent les sons caresser sa peau. Et contrairement à ce que craignent certaines femmes, le chant seul ne peut pas déclencher de fausse-couche… ni l’accouchement lui-même ! Toutes les futures mamans peuvent donc chanter sans complexes et sans inquiétude, quels que soient leur niveau musical ou leur état de santé.

Les bénéfices du chant prénatal sont multiples :

–          S’offrir un plaisir simple : faire une pause dans le quotidien, se détendre, s’amuser et s’autoriser à chanter, quel que soit son niveau musical. Chanter « juste » ou « bien » n’est pas nécessaire : nul besoin d’avoir « une belle voix » pour se faire plaisir !

–          Mieux vivre la grossesse : prendre soin de soi, confier ses petits soucis à une animatrice bienveillante, échanger des informations avec d’autres futurs-parents, créer un réseau de soutien amical dans le quartier…

–          Rapprocher la famille : resserrer le lien entre les générations en (re)découvrant des chansons à entonner ensemble.

À l’accouchement

La voix peut également faciliter la naissance.

De nombreuses femmes y produisent des sons spontanément.  Il s’agit souvent de voyelles, tenues, dont la hauteur et le volume varient au fil des heures, selon l’évolution des sensations.

Pour décrire cette pratique, certains utiliseront les mots « vibrer » (en référence aux vibrations sonores) ou « vocaliser » (en référence aux voyelles), plutôt que le mot « chanter » qui évoque souvent l’idée d’une chanson.

Contrairement à ce que l’on pourrait craindre, ces sons ne gênent pas les voisins ni le personnel médical, car des notes chantées n’ont rien de commun avec des cris de douleur.

Lors d’une naissance médicalisée, la maman peut utiliser sa voix pour rassurer et accompagner son bébé, qui l’entend parfaitement.

Lors d’une naissance physiologique, la voix peut aider la mère à mobiliser ses ressources instinctives afin de :
– se concentrer, rester calme et confiante (car, en générant des tensions musculaires, le stress ralentit la progression de l’enfant, prolonge l’accouchement et augmente la douleur)
– maîtriser sa respiration pour mieux oxygéner son corps et son bébé
– sentir son corps et ses besoins pour adapter sa posture au cheminement du bébé
– mobiliser les muscles de son bassin pour faciliter la progression de l’enfant
Le chant prénatal va ainsi contribuer à faciliter la naissance, raccourcir sa durée et faire diminuer la douleur.

La voix du père

Bien avant le développement de son système auditif, le fœtus sent les sons caresser sa peau. Par sa voix, le père peut donc entrer en relation immédiate avec le fœtus dès le début de la grossesse.

A l’accouchement, il pourra soutenir la mère et l’enfant, en encourageant sa femme à vocaliser, si les doutes ou la pudeur l’assaillent… voire vocaliser lui-même.

Le chant prénatal à la maternité

Avec la tendance française actuelle à l’hyper médicalisation de l’accouchement, les maternités qui proposent du chant prénatal sont rarissimes, laissant son enseignement au secteur privé (associations, auto-entrepreneuses, etc.) On ne peut que déplorer cette situation, d’autant plus que le chant prénatal :

 

  • ne génère aucun coût supplémentaire à l’hôpital (puisque ne nécessitant aucun matériel particulier)
  • constitue une alternative intéressante pour les multipares qui désertent la préparation classique, parfois vue comme une répétition inutile de celle suivie lors de leur première grossesse
  • n’empêche aucune intervention médicale, ni aucun appareillage (monitoring, perfusion, péridurale, etc.)
  • facilite le travail des sages-femmes. En effet, étant responsables de plusieurs accouchements à la fois et devant souvent courir d’une salle de naissance à l’autre, celles-ci ne peuvent qu’apprécier d’y trouver une femme calme, respirant posément et se berçant de sons apaisants.

L’espoir est néanmoins permis : des recherches scientifiques sur les effets de la vibration sonore à l’accouchement sont en cours à l’hôpital Foch de Suresnes (92). On peut espérer qu’une telle démarche attire l’attention des institutions sur l’intérêt de cette pratique, et aide à son développement dans le cadre hospitalier.

Le cadre légal

L’expression « chant prénatal » est générique. Ce n’est pas une marque ni la propriété de quelqu’un en particulier. Nul ne peut s’en prétendre l’inventeur ou le propriétaire exclusif du chant prénatal. Il n’existe ni « vrai » ou « faux » chant prénatal.

Il n’existe aucun diplôme national d’enseignement du chant prénatal ou centre de formation officiel.

Chacun est donc libre d’ouvrir un cours, avec ou sans formation préalable, et d’en chosir le contenu.

Cette liberté a des avantages comme des inconvénients : les parents s’enrichissent au contact d’animatrices aux profils personnels et professionnels très variés. Mais il est parfois difficile de s’y retrouver entre toutes les pratiques !

Il faut donc rappeler aux parents qu’ils sont seuls juges de l’intérêt et de la qualité de ce qui leur est proposé.

Prépa or not prépa ?

S’il est enseigné par une sage-femme, le chant prénatal peut s’appeler « préparation à l’accouchement / à la naissance » et être remboursé par la Sécurité sociale. Dans les autres cas, les séances ne sont pas remboursées et la loi interdit aux animatrices d’utiliser les mots « préparation à l’accouchement / à la naissance ». Pour ma part, en tant que professeur de chant, j’enseigne un « loisir … utilisable à l’accouchement ».

Les animatrices

Les animatrices viennent d’horizons personnels et professionnels très divers : du monde médical (sages-femmes, orthophonistes, infirmières, psy…), de la musique (professeurs à l’Éducation nationale, animatrices en éveil musical, chanteuses…), du développement personnel (yoga, sophrologie…) ou, enfin, du maternage de proximité (mamans passionnées, doulas, animatrices en portage, en allaitement…)

Appelées animatrices, professeurs ou leaders (selon les méthodes), la majorité des enseignantes a suivi une formation. Peu nombreuses (moins de cent cinquante en 2013), elles sont très inégalement réparties sur le territoire français. Aucun homme ne figure encore parmi elles. Aucune d’entre elles ne gagne sa vie uniquement grâce au chant prénatal.

La diversité des ateliers

Les ateliers de chant prénatal sont organisés de manière très variée. Il en existe pour femmes ou pour couples, en individuel ou en groupe, en stage intensif ou en séances hebdomadaires. Cela peut se dérouler chez les futurs parents, chez l’animatrice ou dans une salle louée pour l’occasion. Dans certains ateliers, les pères sont les bienvenus à chaque séance, à des séances spécifiques, ou pas du tout. Certains ateliers accueillent les enfants, d’autres non. En présence d’enfants ou de pères, certaines animatrices adaptent le contenu de leur cours, d’autres non…. Tout est possible !

Plus important : le contenu des ateliers change beaucoup selon l’animatrice (son métier, sa formation, son expérience personnelle de la maternité, du chant et/ou de l’enseignement, etc.). D’ailleurs, toutes les animatrices n’ont pas les mêmes objectifs ! Selon leurs goûts, elles peuvent privilégier

  • le bien-être pendant la grossesse,
  • les chansons,
  • le lien familial,
  • l’utilisation de la voix à l’accouchement
  • les échanges verbaux (partages spontanés entre parents, préparation à l’accouchement et/ou coaching…)

 

Où pratiquer le chant prénatal ?

Afin de faciliter les recherches des parents, Si ça me chante référencie gratuitement des animatrices (de toutes les méthodes) sur http://www.annuaireduchantprenatal.com. Vous pouvez ainsi contacter celles de votre région et voir si leurs ateliers correspondent à vos envies.

En effet, les attentes des parents sont tout aussi diverses que les propositions des animatrices ! Certains se passionnent pour l’utilisation de la voix à l’accouchement quand d’autres ne s’intéressent qu’aux chansons. Certaines mamans veulent papoter et rire, quand d’autres ne rêvent que de calme et de concentration… Et, là encore, tout est possible ! Il suffit simplement de trouver le cours qui vous correspond.

Á chacune ses goûts, à chacune son chant prénatal !

 

Enfin, sachez que si le chant prénatal n’est pas encore proposé dans toutes les villes, on y travaille activement ! Chaque année, Si ça me chante organise des formations dans plusieurs régions de France, permettant à de nouvelles animatrices de se lancer. Et progressivement, de plus en plus de gens retrouvent la liberté de chanter en toute simplicité. Car bercer un bébé en chantonnant, retrouver l’instinct de l’accouchement, soutenir vocalement une femme qui accouche, chanter en famille au quotidien … tout cela est à portée de toutes les voix. Il suffit d’oser !

Virginie Bouffart

Professeur de chant, chef de chœurs et formatrice d’animatrices en chant prénatal

http://www.sicamechante.com

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